Une promenade gastronomique et touristique à Saint-Quirin

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RL Hebdo, 13 février 2005

Entre Sarrebourg et le Donon, voilà un pays charme, qu’on découvre à l’ombre de ses forêts, de ses cristalleries endormies, de ses lieux de pèlerinages, de ses villages authentiques. S’y cachent des auberges croquignolettes. La perle de la contrée se nomme le Prieuré.

Saint-Quirin, bourg isolé au carrefour de trois départements (Meurthe-et-Moselle, Bas-Rhin, Moselle), revendique avec fierté son appartenance au club fermé des plus beaux villages de France. Celle-ci s’explique par son site protégé, enclos dans les sapinières, mais aussi son habitat ancien préservé et ses bâtiments religieux, église baroque et son orgue Silbermann, chapelle haut perchée, prieuré ouvragé, demeures aux arcatures renaissances.

Si l’endroit est propice aux promenades du dimanche, le lieu est devenu sous la houlette du jeune Didier Soulier un lieu de pèlerinage Gourmand. Après des classes en Lorraine et un perfectionnement en Suisse, ce natif de Sarraltroff est revenu au pays, il y a treize ans. Aidé par la mairie, il a retapé une demeure ancienne, qui a été rénovée, agrandie, avec son bar flambant neuf et sa double salle claire. Un Hôtel moderne s’est adjoint à l’auberge. Sa gracieuse épouse Valérie semble née avec le sourire et anime la salle avec verve.

La cuisine se révèle d’une étonnante sagesse, jouant le rapport qualité prix avec art. Beaucoup d’idées empruntées du marché, mais aussi la tradition, composent des menus malins et séducteurs. Les produits sont de qualité, parfois simples, toujours bien choisis. Leur traitement est d’une justesse de ton sans faille. Et les tarifs sont la gentillesse même.

Le jour de mon passage, le menu du jour à 9.50 € proposait la crème de potiron, onctueuse dans sa soupière, relevée de lard émincé, puis le poulet au vin blanc, avec sa crème légère de type « blanquette », son riz délicieux aux légumes, puis la tarte au chocolat avec l’épatante glace au Grand-Marnier. Du grand art à prix « mini ! » Et le reste est à l’avenant.

Pour 20 €, le croustillant de Saint-Nectaire (une baguette sur laquelle on fait fondre le fromage auvergnat), avec sa frisée aux lardons, le pavé de pied de porc pané sauce moutarde avec ses légumes, ses pommes sautées craquantes et son mille feuilles de glace aux fruits faisaient merveille. Le même menu offrait, c’est le mot, crème de bolets en cappuccino ou rouelle de lapin marinée avec ses champignons en fricassées : cela histoire de montrer que le choix de la maison est abondant.

Minci, filiforme, rigoureux dans son travail, généreux dans ses portions, Didier Soulier est la modestie même, jouant de la gastronomie en la mineur, mais avec un talent rare. Ce que révélaient encore les menus suivants. Citons celui à 25 €, que j’ai pu également goûter (nous étions trois, et nous sommes chacun rabattus de bon cœur sur une formule différente), qui délivrait ce jour-là une exquise soupe de lentilles à l’orge perlé, aux petits légumes et lard grillé, un suprême de poulet travaillé en crépinette farcie au beurre d’herbes avec sa galette de pommes de terre façon grumbeerekiechle, plus les fromages sur un plateau tentateur. Enfin, la tarte linzer aux poires façons streussel, sa crème glacée au Grand-Marnier. On ajoutera une carte des vins pleine de bonne choses tarifiées à bon prix, dans tous les vignobles : un Morgon côtes de Py de chez Dominique Piron ou un Saumur Champigny de chez Thierry Germain, les Roches Neuves accompagnant bien tous les mets. Même le café est à la hauteur du reste. Il est bien temps de mettre Saint-Quirin l’oubliée, et les Soulier au faîte de la mode !

Gilles Pudlowski